Interview
Mateo Escriva
Dans cette interview, il revient sur les expériences qui ont façonné son parcours, les défis d’une reconversion peu conventionnelle et la manière dont l’hôtellerie continue d’influencer sa vision du conseil en gestion de patrimoine.
Passer de la pâtisserie à la gestion de fortune, de l’hôtellerie de luxe aux marchés financiers : le parcours de Mateo Escrivaillustre à quel point les trajectoires professionnelles peuvent être inattendues lorsque curiosité, détermination et envie d’apprendre se rencontrent.
Diplômé de l’École Hôtelière de Genève, Mateo a su transformer son expertise de la relation client acquise dans l’univers exigeant de l’hospitality en un véritable atout dans le secteur de la finance. Aujourd’hui Wealth Management Analyst chez SERENIS – Family Capital, il évolue dans un environnement où technicité financière et excellence du service vont de pair.
Quand vous repensez à votre arrivée à l’École Hôtelière de Genève, imaginiez-vous un jour évoluer dans la gestion de fortune ?
« Honnêtement, je n’aurais jamais imaginé évoluer un jour dans la gestion de fortune lorsque je suis arrivé à l’École Hôtelière de Genève. À cette époque, mon univers était avant tout celui de la pâtisserie et de l’hôtellerie traditionnelle. Je venais d’un environnement très opérationnel, très concret, où l’on travaille avec les mains, la précision et la créativité.
Avec le recul, je réalise que l’EHG a surtout été un formidable accélérateur d’ouverture. Au fil des cours, des stages et des rencontres, j’ai compris que les compétences acquises dans l’hospitality étaient beaucoup plus transversales que je ne l’imaginais. L’école ne forme pas uniquement à l’hôtellerie : elle forme à la gestion, à la relation humaine, au service, à l’adaptabilité et au leadership.
La passerelle de la haute école de gestion de Genève a également joué un rôle clé. Elle m’a permis de découvrir un autre univers, beaucoup plus orienté vers la finance et l’analyse, tout en restant connecté à cette dimension relationnelle que j’aimais déjà énormément. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à voir apparaître des possibilités auxquelles je n’avais jamais pensé auparavant. »
Y a-t-il un moment ou une expérience à l’EHG qui a influencé la direction que vous avez prise par la suite ?
« Oui, plusieurs expériences ont marqué mon parcours, mais certaines ont véritablement changé ma manière de voir mon avenir professionnel. Mon troisième stage à l’Hotel du Cap-Eden-Roc reste probablement l’expérience la plus déterminante.
J’y occupais un poste de concierge, au cœur d’un environnement extrêmement exigeant et exclusif. J’ai découvert une clientèle internationale habituée à un niveau de service exceptionnel, où chaque détail compte et où l’anticipation des besoins devient presque un art.
Cette expérience m’a profondément marqué parce qu’elle m’a permis de comprendre que la relation client allait bien au-delà du simple service. Il y a une véritable dimension psychologique : comprendre les attentes implicites, analyser les comportements, savoir quand être présent ou discret, créer une relation de confiance instantanée. J’ai observé des professionnels capables de gérer des situations complexes avec une élégance et une maîtrise impressionnantes.
Avant cela, mon stage à La Cave de Genève avait déjà éveillé chez moi un intérêt pour le contact client. C’était un environnement totalement différent, davantage orienté vers la vente et l’événementiel, mais qui m’a permis de développer mon autonomie et de prendre confiance dans les échanges directs avec les clients.
Ces expériences ont complètement changé ma vision. Moi qui pensais rester en cuisine, j’ai découvert une passion pour la relation humaine et l’accompagnement personnalisé. »
À quel moment avez-vous ressenti l’envie de bifurquer vers la finance ?
« L’idée de me diriger vers la finance s’est construite progressivement. Après ma sortie de l’EHG et durant mon service militaire, je pensais encore évoluer dans l’hôtellerie opérationnelle. J’avais même commencé à regarder différents postes dans ce secteur, avec l’objectif, à long terme, d’accéder à des fonctions de direction.
Mais en parallèle, plusieurs éléments ont commencé à résonner différemment. D’abord, j’ai toujours eu une affinité naturelle avec les chiffres, les mathématiques et la gestion financière. À l’école, j’étais particulièrement à l’aise dans ces matières et j’aidais souvent certains camarades sur ces sujets.
Ensuite, plusieurs amis ayant suivi la passerelle m’ont encouragé à explorer cette voie. Ils voyaient dans mon profil une complémentarité intéressante entre le relationnel acquis dans l’hôtellerie et les compétences analytiques liées à la finance.
À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser davantage au secteur. Je voyais surtout cette transition comme une opportunité qui pouvait m’ouvrir de nouvelles portes sans m’en fermer d’autres. Je me suis dit qu’essayer ne me coûtait rien.
Il y avait aussi une forme de fascination pour cet univers. Comme beaucoup, j’avais cette image un peu idéalisée du monde de la finance que l’on voit dans les films ou dans les grandes places financières internationales. Mais au-delà de cette image, j’étais surtout intrigué par ce que faisait réellement ce secteur au quotidien. »

Passer du monde de l’hospitality à celui du wealth management n’est pas un chemin classique : comment avez-vous construit cette transition ?
« Cette transition s’est construite étape par étape et, honnêtement, elle n’a pas été simple. Après l’école et l’armée, j’ai d’abord cherché des opportunités dans l’hôtellerie parce que c’était la suite logique de mon parcours. Puis, lorsque j’ai décidé de rejoindre la passerelle HEG, j’ai compris qu’il allait falloir convaincre un secteur qui ne recrute pas naturellement des profils issus de l’hospitality.
Je tenais absolument à continuer à travailler pendant mes études. Après plusieurs années de stages et d’expérience professionnelle, revenir dans un cursus uniquement théorique n’était pas envisageable pour moi. Je voulais continuer à évoluer sur le terrain, gagner en expérience et rester actif professionnellement.
J’ai envoyé de nombreux CV dans des banques et des structures financières. La plupart du temps, je n’ai reçu aucun retour. Quelques entretiens ont abouti dans des domaines liés à l’audit ou à la comptabilité, mais rien de réellement concret au départ.
Ce qui a fait la différence, c’est surtout la proactivité. J’ai commencé à contacter des professionnels du secteur simplement pour échanger et demander des conseils. Je ne cherchais pas immédiatement un poste : je voulais comprendre le métier, rencontrer des gens et créer des opportunités.
C’est finalement grâce à une mise en relation humaine qu’une porte s’est ouverte chez Serenis Family Capital. Une personne a accepté de transmettre mon CV au CEO de l’entreprise et tout s’est ensuite enchaîné. J’ai passé plusieurs entretiens avant de rejoindre l’équipe.
Cette expérience m’a appris que la persévérance joue souvent un rôle décisif dans la création d’opportunités. Rien n’est jamais totalement linéaire, surtout lorsqu’on choisit un parcours moins conventionnel. »
Aujourd’hui, vous êtes Wealth Management Analyst chez Serenis Family Capital. Comment décririez-vous votre métier à quelqu’un qui ne connaît pas ce secteur ?
« Le wealth management consiste à accompagner des clients dans la gestion, la structuration et le développement de leur patrimoine. C’est un métier qui mélange expertise financière, conseil stratégique et relation humaine.
Dans ce secteur, il existe généralement deux grands volets. D’un côté, l’asset management, qui est la partie très technique liée à la sélection des investissements, à l’analyse des marchés et aux stratégies financières. De l’autre, le wealth management, qui se concentre davantage sur la relation avec le client et l’accompagnement personnalisé.
Chez SERENIS – Family Capital, mon rôle de Wealth Management Analyst consiste à contribuer au suivi des relations clients et aux opérations liées à la gestion de fortune. Je suis impliqué dans toutes les tâches qui gravitent autour de la relation client : préparation des dossiers, suivi de la relation, coordination avec les banques, traitement des opérations financières ou encore préparation de certaines analyses.
Concrètement, lorsqu’un client souhaite modifier une structure patrimoniale, réaliser un investissement ou effectuer des changements administratifs liés à sa situation personnelle, nous veillons à simplifier et coordonner toutes ces démarches.
Ce qui rend ce métier particulièrement intéressant, c’est qu’il ne se limite pas à la finance pure. Il y a une vraie dimension humaine. Certains clients recherchent avant tout un accompagnement global, une relation de confiance et un interlocuteur capable de les accompagner avec sérénité au quotidien. »
À quoi ressemble une journée type dans votre quotidien ?
« Il n’existe pas vraiment de journée type, ce qui est justement l’un des aspects les plus stimulants du métier. Mes journées commencent généralement par une phase d’analyse et de contrôle des mouvements enregistrés sur les portefeuilles clients.
Nous travaillons avec un système centralisé qui regroupe les données provenant de différentes banques partenaires. Chaque matin, je vérifie les transactions effectuées la veille : achats d’actions, mouvements de liquidités, paiements de frais ou encore opérations diverses. Cette phase est essentielle pour garantir la cohérence des données et assurer un suivi précis des performances des portefeuilles.
Une grande partie de mon travail consiste également à résoudre des problématiques administratives ou techniques. Par exemple, lorsqu’un client change de résidence fiscale ou déménage dans un autre pays, cela implique de nombreux ajustements documentaires et réglementaires.
Je participe aussi à l’exécution d’opérations financières. Lorsqu’un gestionnaire valide une stratégie avec un client, je peux être amené à transmettre les ordres aux banques ou à effectuer directement certaines opérations sur les plateformes bancaires.
En parallèle, je prépare des reportings financiers, j’aide les gestionnaires à préparer leurs rendez-vous clients et je participe à la rédaction de la newsletter mensuelle de Serenis. Cette dernière comprend des analyses de marché, des commentaires économiques et des réflexions stratégiques sur l’actualité financière.
Dans une structure à taille humaine comme Serenis, chacun touche à plusieurs aspects du métier. Cette polyvalence rend les journées très variées et extrêmement formatrices. »
« Les clients ne recherchent pas uniquement une performance financière : ils veulent aussi se sentir compris, accompagnés et en confiance. »
En quoi votre formation en hôtellerie influence-t-elle votre manière de gérer la relation client en finance ?
« Mon parcours en hôtellerie influence énormément ma manière de travailler aujourd’hui. L’EHG m’a appris des compétences humaines qui sont fondamentales dans la gestion de fortune.
Dans l’hôtellerie de luxe, on apprend à écouter, observer et anticiper les attentes des clients. On développe aussi une certaine intelligence relationnelle : savoir s’adapter à différents profils, gérer des situations complexes avec calme et offrir une expérience personnalisée.
Je retrouve exactement ces dimensions dans la finance. Les clients ne recherchent pas uniquement une performance financière : ils veulent aussi se sentir compris, accompagnés et en confiance.
L’hôtellerie m’a également appris la subtilité du service. Être présent sans être envahissant, savoir rassurer, gérer les imprévus avec fluidité : ce sont des compétences directement transférables dans le wealth management. »
Qu’est-ce qui vous stimule le plus dans votre poste aujourd’hui ?
« Ce qui me stimule le plus, c’est le fait d’évoluer dans un environnement en perpétuel mouvement. Les marchés financiers changent chaque jour et il faut constamment rester informé de l’actualité économique, géopolitique et financière.
J’apprécie particulièrement la combinaison entre la relation client et la technicité du métier. Chaque situation est différente, chaque client a des besoins spécifiques et chaque décision demande réflexion et analyse.
Je trouve aussi très enrichissant de devoir continuellement apprendre. La finance est un secteur où l’on ne cesse jamais de progresser, de découvrir de nouveaux produits, de nouvelles stratégies ou de nouvelles problématiques.
Enfin, j’aime beaucoup le fait de travailler dans une structure à taille humaine. Cela permet d’être impliqué dans de nombreux projets et de développer une vision globale du métier. »

À l’inverse, quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans votre rôle ?
« Le premier défi concerne l’organisation. Aujourd’hui, je poursuis encore mes études en parallèle de mon activité professionnelle, ce qui demande une grande discipline et beaucoup de rigueur dans la gestion du temps.
Sur le plan technique, la finance est un univers extrêmement vaste et complexe. Il faut accepter d’être dans un apprentissage permanent. Les marchés évoluent constamment et une partie du métier reste liée à des facteurs imprévisibles, notamment la conjoncture géopolitique ou économique.
C’est aussi un secteur où il faut savoir rester humble. Même les professionnels expérimentés ne peuvent jamais tout anticiper. Il faut donc continuellement remettre ses connaissances à jour et garder un regard critique.
Heureusement, évoluer dans un environnement comme Serenis facilite énormément cette progression. Les équipes sont accessibles et il y a un véritable partage des connaissances au quotidien. »
Avec le recul, quel a été le moment le plus déterminant de votre parcours professionnel ?
« Deux moments ont été particulièrement déterminants.
Le premier reste mon stage à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc. Cette expérience m’a profondément marqué par le niveau d’excellence du service et par la qualité des professionnels avec lesquels j’ai travaillé. C’est là que j’ai réellement compris l’importance de la relation client et de l’expérience personnalisée.
Le second moment clé a été ma décision de rejoindre la passerelle puis d’intégrer Serenis Family Capital. Cela représentait un véritable changement de trajectoire. Passer de la pâtisserie à la gestion de fortune peut sembler inattendu, mais cette transition m’a prouvé qu’avec du travail, de la curiosité et de la détermination, il est possible de construire un parcours atypique. »
Quelle est la leçon la plus précieuse que vous avez apprise depuis votre sortie de l’EHG ?
« La principale leçon que j’ai retenue, c’est que le travail finit toujours par payer lorsqu’il est accompagné d’envie et d’intelligence dans la manière d’avancer.
Je suis convaincu que les opportunités se créent souvent à travers l’action. C’est en essayant, en travaillant, en rencontrant des gens et en osant sortir de sa zone de confort que l’on découvre de nouvelles perspectives.
Chaque expérience permet d’apprendre quelque chose, même lorsqu’elle ne mène pas immédiatement au résultat espéré. Au final, tout ce parcours construit des compétences, un réseau et une capacité d’adaptation précieuse. »
Lorsque quelque chose m’intéresse, j’essaie de m’investir pleinement et de provoquer les opportunités plutôt que d’attendre qu’elles arrivent naturellement.
Si vous deviez résumer en une compétence ou un état d’esprit clé ce qui a fait la différence dans votre parcours, lequel serait-ce ?
« Je dirais sans hésiter la détermination. J’ai toujours eu une forme de ligne directrice, même sans savoir précisément où elle allait me mener.
Lorsque quelque chose m’intéresse, j’essaie de m’investir pleinement et de provoquer les opportunités plutôt que d’attendre qu’elles arrivent naturellement.
Je pense aussi qu’il faut accepter de ne pas tout maîtriser immédiatement. On avance étape par étape, on apprend en faisant et on ajuste progressivement son parcours. »
Et enfin, que diriez-vous à un étudiant de l’EHG qui souhaite explorer des trajectoires de carrière moins conventionnelles ?
« Je lui dirais avant tout de se faire confiance et d’oser explorer ce qui l’attire réellement. Il est important d’écouter ses envies profondes et de ne pas se limiter à un parcours considéré comme “classique”.
L’EHG offre des bases extrêmement solides et des compétences transférables dans de nombreux secteurs. L’hôtellerie développe des qualités humaines, organisationnelles et relationnelles qui sont précieuses bien au-delà du secteur hôtelier.
Je pense aussi qu’il faut accepter l’idée qu’un parcours ne soit pas toujours parfaitement linéaire. Certaines opportunités apparaissent au fil des rencontres, des expériences et des initiatives personnelles.
Enfin, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur d’essayer. Même si une voie semble atypique au départ, elle peut finalement devenir une véritable force et permettre de construire un profil différenciant. »
À travers son témoignage, Mateo Escriva met en lumière la richesse des parcours possibles après l’École Hôtelière de Genève et la manière dont les compétences acquises dans l’hospitality peuvent devenir de véritables leviers dans d’autres secteurs d’excellence.
Son parcours rappelle qu’adaptabilité, détermination et ouverture d’esprit sont souvent les clés pour construire une trajectoire professionnelle singulière et porteuse de sens.
Nous remercions chaleureusement Mateo d’avoir partagé son expérience, ses réflexions et les enseignements tirés de son parcours. Toute l’équipe de l’École Hôtelière de Genève lui adresse ses meilleurs vœux de réussite pour la suite de son évolution professionnelle.