Professional Bachelor
Professional Bachelor : ce que le nouveau titre dit de la formation hôtelière suisse
Depuis le 1er octobre 2026, les diplômés des écoles supérieures suisses peuvent ajouter « Professional Bachelor » à leur titre. Pour l’École Hôtelière de Genève, c’est avant tout une avancée attendue : la formation ES est enfin reconnue à sa juste valeur, et un titre plus lisible à l’étranger ouvre davantage de portes à nos diplômés sur le marché international.
Le 3 octobre 2026, lors de la remise des diplômes de l’École Hôtelière de Genève, les noms seront appelés un par un, comme chaque année. Les familles seront au premier rang, les téléphones levés, et les professeurs retrouveront une dernière fois des étudiants qu’ils ont vus arriver au premier semestre, parfois hésitants, souvent curieux.
Une chose aura pourtant changé. Sur les diplômes de cette volée figurera pour la première fois une mention nouvelle : « Hôtelier-Restaurateur diplômé ES, Professional Bachelor ». Quelques mots de plus sur un document officiel. Pour ces jeunes professionnels, c’est surtout un titre que l’on comprend tout de suite, à Genève comme à Londres, à Singapour ou à Dubaï.
Ce qui change depuis le 1er octobre 2026
Le 24 juin 2026, le Conseil fédéral a fixé au 1er octobre 2026 l’entrée en vigueur de la révision de la loi sur la formation professionnelle. Parmi les mesures adoptées, les titulaires d’un diplôme d’école supérieure peuvent désormais faire suivre leur titre protégé du complément « Professional Bachelor ». Selon le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), l’objectif est de souligner que ces diplômes appartiennent au degré tertiaire et de renforcer leur visibilité, en Suisse comme à l’étranger.
La réforme protège aussi l’appellation « École supérieure ». Seuls les établissements qui proposent au moins une filière reconnue par la Confédération peuvent désormais l’utiliser. Pour les familles qui comparent les offres, ce repère simplifie les choses : une école supérieure suisse délivre une formation reconnue par l’État, avec un cadre fédéral et des procédures de qualification contrôlées.
Le complément de titre ne concerne d’ailleurs pas uniquement les nouveaux diplômés. Les personnes qui ont obtenu leur diplôme ES avant cette date peuvent elles aussi l’utiliser depuis le 1er octobre 2026. Leur diplôme reste tel quel, mais le SEFRI met à disposition un document qui atteste ce droit, et un supplément au diplôme peut être demandé. Pour les nombreux alumni de l’EHG, c’est une excellente nouvelle.
Un titre plus lisible, pas un autre diplôme
Il faut être clair sur ce que ce complément change, et sur ce qu’il ne change pas. Le diplôme ES reste un diplôme de la formation professionnelle supérieure. Il ne devient pas un bachelor universitaire, et le Professional Bachelor se distingue volontairement des titres délivrés par les hautes écoles.
Ce qu’il apporte, c’est la lisibilité. Pendant des années, un recruteur étranger lisait « dipl. ES » sur un CV sans savoir à quoi cela correspondait. Le mot « Bachelor » situe désormais le niveau de la formation. Le mot « Professional » en dit la nature : un diplôme construit autour de la pratique et des besoins réels du marché du travail. C’est précisément ce que la Conférence des écoles supérieures invite les établissements à mettre en avant.
Pourquoi la voie professionnelle revient au premier plan
La Suisse a toujours accordé une place importante à la formation professionnelle. Ce qui évolue, c’est la manière dont le reste du monde du travail la regarde depuis l’arrivée de l’intelligence artificielle.
Le Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial estime que 39 % des compétences clés des travailleurs vont évoluer d’ici 2030. Parmi les dix compétences que les employeurs jugent aujourd’hui essentielles figurent la résilience et la flexibilité, le leadership, la curiosité, l’empathie et l’écoute active, ainsi que le sens du service et de la relation client. Le même rapport, qui s’appuie sur une analyse menée avec Indeed, observe qu’aucune des plus de 2 800 compétences étudiées ne présente une très forte capacité à être remplacée par l’IA générative actuelle. Les compétences liées à l’interaction humaine font partie des moins exposées. Autrement dit, plus les outils progressent, plus la valeur se déplace vers ce qu’ils ne savent pas faire.

Un secteur en pleine croissance, qui repense la place de l’IA
Le tourisme n’a jamais accueilli autant de voyageurs. Selon le Baromètre du tourisme mondial d’ONU Tourisme, 1,52 milliard d’arrivées de touristes internationaux ont été enregistrées en 2025, soit près de 60 millions de plus qu’en 2024. L’Europe en a accueilli 793 millions. Derrière chacun de ces voyages, il y a des nuits d’hôtel, des repas, des événements, et des équipes qui accueillent.
Cette croissance s’accompagne d’une transformation rapide. La Journée mondiale du tourisme, célébrée le 27 septembre 2026, était justement consacrée au numérique et à l’intelligence artificielle. Dans son message, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, reconnaît que l’IA peut renforcer les petites entreprises et améliorer les services. Il fixe pourtant une limite claire :
« La technologie doit servir l’humanité. »
Il appelle à construire pour le tourisme « un avenir numérique ouvert, inclusif et humain », en associant les professionnels du secteur à cette transformation plutôt qu’en la leur imposant. Pour une école hôtelière, le message est limpide : former aux outils, oui, sans jamais perdre de vue la personne qui se trouve de l’autre côté du comptoir.
Ce que l’IA ne sait pas faire à la réception
Imaginez un client qui arrive à l’hôtel à 23 heures. Son vol a été annulé, sa réunion du lendemain est compromise, il est fatigué et un peu à bout. Un système de réservation lui attribuera une chambre en quelques secondes. Il ne remarquera pas le ton de sa voix, ne choisira pas le bon moment pour lui proposer un thé et ne saura pas quand il vaut mieux se taire.
Cette intelligence émotionnelle ne s’apprend pas dans un manuel. Elle se construit en service, par l’observation, la répétition et parfois l’erreur. Lire l’ambiance d’une table, désamorcer une réclamation, garder une équipe soudée au milieu d’un coup de feu : ces compétences s’acquièrent face à de vrais clients, avec des formateurs qui ont exercé le métier.
Comme l’explique Duncan Robertson, Directeur adjoint de l’École Hôtelière de Genève :
« Nous nous réjouissons que ce complément de titre voie le jour. Il offre à nos étudiants de meilleures perspectives à l’international, car un employeur à Londres ou à Singapour comprend désormais immédiatement la valeur de leur diplôme. »
Former la personne autant que le professionnel
À l’École Hôtelière de Genève, fondée en 1914 et reconnue comme école supérieure depuis trente ans, cette conviction structure la formation. Dès le premier semestre, les étudiants du cursus ES en management hôtelier travaillent au Geneva Marriott Hotel et au Crowne Plaza Geneva, deux hôtels partenaires où ils découvrent le métier aux côtés d’équipes en activité.
Tout au long de la première année, théorie et pratique avancent ensemble : ce qui est appris en cours se met aussitôt en pratique sur le terrain, face à de vrais clients. Les étudiants servent également au restaurant d’application Vieux-Bois, effectuent des stages en entreprise, travaillent en petits groupes et apprennent à diriger une équipe autant qu’à lire un compte d’exploitation.
L’intelligence artificielle fait partie de l’enseignement, parce qu’un futur directeur doit savoir s’en servir avec discernement. Elle reste pourtant un outil. Le cœur de la formation demeure la relation : comprendre un client, motiver un collaborateur, prendre une décision sous pression et l’assumer.
Ce que cela signifie pour vous
Pour un jeune qui réfléchit à ses études en hôtellerie, le Professional Bachelor offre un diplôme reconnu par l’État, lisible à l’international et directement relié au terrain. Pour les parents, c’est un repère solide dans un paysage de formations parfois difficile à comparer.
Pour les professionnels déjà en poste, la réforme assouplit aussi la formation continue proposée par les écoles supérieures, avec des formats plus modulables. L’EHG propose trois postdiplômes en format hybride, pensés pour celles et ceux qui souhaitent progresser sans quitter leur emploi : Hotel Management, Luxury Hospitality and Product Management, et Creative Event Conceptions & Organisation. Chacun combine une année de cours, en ligne et sur le campus, et un business project de six mois. Les certificats de l’école permettent quant à eux de se perfectionner sur un sujet précis.
Le 3 octobre, lorsque les nouveaux diplômés quitteront la salle, leur titre dira un peu mieux qui ils sont : des professionnels formés par la pratique, capables de faire ce qu’aucune machine ne sait faire : créer des moments dont on se souvient, et transformer un séjour, un repas ou un événement en une émotion que l’on emporte avec soi bien après être reparti.